Philippe Ciaparra

Photographe

Entretiens

The Phooks Magazine Janvier 2021

Comment vivez-vous et gagnez-vous votre vie?

Je suis photographe de mode et de portrait depuis 1995, date de mon arrivé à Paris. J‘ai travaillé pour différents magazines de mode et réalisé des catalogues de prêt-à-porter.  Depuis quelques années j’ai diversifié mon activité vers l’institutionnel. La vente de mes tirages aux palladiums à la galerie demi-teintes à Paris et mon exposition de 2016 à la galerie k éditeur m’ont motivé pour me plonger de plus en plus dans un travail extrêmement personnel.

Comment êtes-vous entré dans la photographie?

D’aussi loin que je peux m’en souvenir, j’ai toujours fait de la photographie. J’ai eu une période où je photographiais le ciel nocturne en pauses longue sur un trépied, il y avait alors des cercles blancs dans le ciel noir, j’était enfant à cette époque là et je ne comprenait pas bien de quoi il pouvait bien s’agir. Plus tard, vers l’âge de 14 ans je crois, j’ai compris que la photographie allait devenir le centre de ma vie car photographier était devenu un geste naturel chez moi. J’ai commencé plus tard à faire des photographies de réception, et l’on me payait pour ça. J’ai ensuite travaillé dans des centres touristiques, j’y photographiait les familles en vacances, ce qui était une excellente école car on y apprend à travailler vite et bien.

Des années plus tard, alors que mes premières questions sérieuses commençaient à émerger, j’ai compris que mes photographies, dans le cadre de mon travail personnel, aurons d’autres  fonctions que de monter simplement la réalité; elles serons le miroir de mon monde intérieur.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans l’art de la photographie ?

Regarder une photographie peux être quelque chose d’extrêmement puissant car chacun de nous peux y faire sa propre opinion et se laisser aller à ses réflexions durant tout le temps qu‘il veux, elle  peux vous laisser un souvenir beaucoup plus vivace qu’un long documentaire télévisé qui vous envoie des centaines d’images dans un laps de temps relativement court avec une attention passive de son auditoire.

En fait j’adore découvrir l’univers d’un photographe et m’y faire un chemin.

Y a-t-il quelque chose que vous détestez?

Il m’est de plus en plus insupportable de voir dans des galeries, et pire, dans certains musés des tirages jet d’encre.  La place de l‘imprimerie, par définition  de l’encre sur du papier, est dans les livres, les magasines ou dans des images publicitaires. Je veux bien admettre qu’il s’agit là de nouvelle technologie très aboutit et quasi incontournable à présent, mais aussi réussi soit-il, le jet d’encre reste une vulgaire imitation d’un tirage traditionnel et n’auras jamais la noblesse et la magie d’un tirage argentique ou aux métaux précieux, j’ai peur que d’ici quelques années, à force de glisser dans le virtuel sans vraiment s’en rendre compte, il ne resteras d’une photographie qu’une image sur un écran où la «photographie objet»  n‘auras plus de sens, hormis quelque véritables collectionneurs qui continuerons à apprécier le bel objet et le plaisir de le toucher. De plus le prix que ces ersatz de tirages atteignent dans certaine galerie est de l’ordre de l’inconcevable.

Combien de livres vous possédez et que signifie votre collection pour vous?

Une bonne cinquantaine de livres, ce que je ne considère pas vraiment comme une

collection. C’est vraiment très peu par rapport à un véritable collectionneur qui peut en contenir plusieurs centaines, il s’agit de photographe que j’aime où leurs photographies me font voyager. Je garde avec moi tout leurs univers disponible à tout moments.

Y a-t-il un livre photo que vous admirez?

« Diane Arbus, A box of ten photographs » Il n’est pas à proprement parler un livre de photographie mais un recueil de 10 photographies argentique tirées dans les années 70 en partie par Neil Selkirk. Je n’en possède que le magnifique fac-similé de 2018 et je ne me lasserais jamais de le regarder tant les photographies de cet immense photographe sont fascinantes.

Que devrait être un livre pour entrer dans votre collection?

Un livre devras être un objet, agréable à regarder et à toucher et, bien que cela reste très subjectif, les photographies devrons êtres puissantes. il seras choisi en fonction de l’importance du photographe et de ce qu’il a pu apporter à l’histoire de la photographie et à son évolution.

Que signifie pour vous transformer votre travail en une forme sensée d’un livre ou d’un zine? Dites-nous en fonction de votre dernier projet.

La réunion de 50 photographies, parmi les milliers disponibles, à été un travail long, fastidieux et ingrat. Comme chacun sait il est extrêmement difficile de faire des choix. Raconter mon histoire ou faire un recueil de photographies purement descriptives à été au début de ce processus la question récurrente. Dans tout les cas je le ressent comme étant la fin d’une aventure et surtout le début d’une autre, qui j’en suis sur, seras encore plus belle.

Qu’attendez-vous que les gens ressentent lors de l’ouverture de votre livre?

J’ai longtemps hésité a faire un livre car je ne comprenait pas pourquoi un amateur de photographies allait s’intéresser au travail strictement personnel d‘un photographe. Mon travail n’est pas spectaculaire et je ne fait pas de la photographie pour plaire. Si en tout cas je peux faire rêver une personne qui feuillette mon livre et qu’il soit réceptif à mon univers crépusculaire, j’aurais enfin la réponse à cette question qui longtemps m’a travaillée, à savoir: pourquoi faire un livre ?